Le Sesterce de Galba

  • pier2

    16337 messages

    France

    Une pièce romaine entre histoire et mystère (partie 1/3)

    Bonjour à tous,

    Imaginez tenir entre vos mains une pièce de bronze vieillie par les siècles, portant le portrait sévère de l’empereur Galba, l’un des quatre empereurs de l’année 68–69 ap. J.-C. Ce sesterce, aussi authentique qu’il paraisse, cache un secret : il pourrait s’agir d’une réplique de la Renaissance, frappée quatorze siècles plus tard par un artiste italien de génie, Giovanni Cavino, surnommé "le Padovanino".
    Ce sesterce est bien plus qu’un simple objet monétaire. Il incarne la passion des humanistes pour l’Antiquité et le talent d’un graveur qui a su tromper même les experts. Plongeons dans l’histoire de cette pièce fascinante.

    Description du sesterce
    - Avers : Le portrait d’un empereur éphémère
    Buste lauré de Servius Sulpicius Galba, tourné à droite. Son visage, marqué par l’âge (il avait 70 ans en montant sur le trône), affiche un nez aquilin, des lèvres minces et une expression austère, typique des portraits romains du Iᵉʳ siècle.
    Légende : IMP SER GALBA CAESAR AVG TR POT
    - IMP : Imperator (commandant suprême)
    - SER : Servius (son prénom)
    - GALBA CAESAR : Son nom et son titre de César
    - AVG : Augustus (empereur)
    - TR POT : Tribunicia Potestas (pouvoir tribunicien)
    Cette légende reflète le court règne de Galba (juin 68 – janvier 69), pendant lequel il tenta de restaurer la discipline romaine après Néron.

    - Revers : L’adlocutio, un symbole de légitimité
    Scène : Galba, debout à droite et vêtu de la toge, reçoit l’hommage de trois soldats qui lui présentent quatre enseignes militaires (aigles et étendards). Cette scène, appelée adlocutio, représente un discours aux troupes.
    Légende : ADLOCVT (ou ADLOCUT)
    Cette iconographie souligne son besoin de légitimer son pouvoir auprès de l’armée, essentielle pour un empereur acclamé par les légions.

    Galba : L’empereur qui voulut sauver Rome :

    Galba, né en 3 av. J.-C., était un général expérimenté sous Caligula et Néron. En juin 68, alors que Néron se suicide, Galba est proclamé empereur par les légions d’Espagne. Il entre à Rome en octobre 68, mais son règne est marqué par :
    • Une austérité excessive : Il réduit les dépenses et annule les dons de Néron, s’aliénant le peuple et les soldats.
    • Un manque de charisme : Contrairement à Néron, Galba n’a ni charme ni sens du spectacle. Suétone le décrit comme "un homme plus craint que aimé".
    • Une fin tragique : En janvier 69, il est assassiné par la garde prétorienne, qui préfère Othon. Son règne n’a duré que sept mois, faisant de lui le premier des quatre empereurs de l’année 69.
    Un monnayage rare et symbolique
    Les pièces frappées sous Galba sont extrêmement rares. Ses sesterces, en particulier, sont très recherchés pour :
    • Leur valeur historique : Ils témoignent d’une période de transition cruciale.
    • Leur iconographie : Les motifs comme l’adlocutio soulignent son besoin de soutien militaire.
    • Leur rareté : Peu d’exemplaires ont survécu, ce qui en fait des pièces extrêmement cotées (un original peut se vendre plusieurs dizaines de milliers d’euros).

    À suivre demain...
    Dans la deuxième partie, nous découvrirons Giovanni Cavino, dit "le Padovanino", l’artiste de la Renaissance qui a reproduit cette pièce avec un talent tel qu’il a trompé des générations de numismates. Comment a-t-il réalisé ces répliques ? Pourquoi Galba était-il un sujet de prédilection ? Réponse demain !

    Bonne lecture, Pierre :hello:
  • walburge_collection

    1558 messages

    Belgique

    Une pièce romaine entre histoire et mystère (partie 1/3)

    Bonjour à tous,

    Imaginez tenir entre vos mains une pièce de bronze vieillie par les siècles, portant le portrait sévère de l’empereur Galba, l’un des quatre empereurs de l’année 68–69 ap. J.-C. Ce sesterce, aussi authentique qu’il paraisse, cache un secret : il pourrait s’agir d’une réplique de la Renaissance, frappée quatorze siècles plus tard par un artiste italien de génie, Giovanni Cavino, surnommé "le Padovanino".
    Ce sesterce est bien plus qu’un simple objet monétaire. Il incarne la passion des humanistes pour l’Antiquité et le talent d’un graveur qui a su tromper même les experts. Plongeons dans l’histoire de cette pièce fascinante.

    Description du sesterce
    - Avers : Le portrait d’un empereur éphémère
    Buste lauré de Servius Sulpicius Galba, tourné à droite. Son visage, marqué par l’âge (il avait 70 ans en montant sur le trône), affiche un nez aquilin, des lèvres minces et une expression austère, typique des portraits romains du Iᵉʳ siècle.
    Légende : IMP SER GALBA CAESAR AVG TR POT
    - IMP : Imperator (commandant suprême)
    - SER : Servius (son prénom)
    - GALBA CAESAR : Son nom et son titre de César
    - AVG : Augustus (empereur)
    - TR POT : Tribunicia Potestas (pouvoir tribunicien)
    Cette légende reflète le court règne de Galba (juin 68 – janvier 69), pendant lequel il tenta de restaurer la discipline romaine après Néron.

    - Revers : L’adlocutio, un symbole de légitimité
    Scène : Galba, debout à droite et vêtu de la toge, reçoit l’hommage de trois soldats qui lui présentent quatre enseignes militaires (aigles et étendards). Cette scène, appelée adlocutio, représente un discours aux troupes.
    Légende : ADLOCVT (ou ADLOCUT)
    Cette iconographie souligne son besoin de légitimer son pouvoir auprès de l’armée, essentielle pour un empereur acclamé par les légions.

    Galba : L’empereur qui voulut sauver Rome :

    Galba, né en 3 av. J.-C., était un général expérimenté sous Caligula et Néron. En juin 68, alors que Néron se suicide, Galba est proclamé empereur par les légions d’Espagne. Il entre à Rome en octobre 68, mais son règne est marqué par :
    • Une austérité excessive : Il réduit les dépenses et annule les dons de Néron, s’aliénant le peuple et les soldats.
    • Un manque de charisme : Contrairement à Néron, Galba n’a ni charme ni sens du spectacle. Suétone le décrit comme "un homme plus craint que aimé".
    • Une fin tragique : En janvier 69, il est assassiné par la garde prétorienne, qui préfère Othon. Son règne n’a duré que sept mois, faisant de lui le premier des quatre empereurs de l’année 69.
    Un monnayage rare et symbolique
    Les pièces frappées sous Galba sont extrêmement rares. Ses sesterces, en particulier, sont très recherchés pour :
    • Leur valeur historique : Ils témoignent d’une période de transition cruciale.
    • Leur iconographie : Les motifs comme l’adlocutio soulignent son besoin de soutien militaire.
    • Leur rareté : Peu d’exemplaires ont survécu, ce qui en fait des pièces extrêmement cotées (un original peut se vendre plusieurs dizaines de milliers d’euros).

    À suivre demain...
    Dans la deuxième partie, nous découvrirons Giovanni Cavino, dit "le Padovanino", l’artiste de la Renaissance qui a reproduit cette pièce avec un talent tel qu’il a trompé des générations de numismates. Comment a-t-il réalisé ces répliques ? Pourquoi Galba était-il un sujet de prédilection ? Réponse demain !

    Bonne lecture, Pierre :hello:
    • Posté le 9 juil. 2026 à 12:38
    • #2042588
    Bonsoir Pierre et merci pour ce très bel article ! Beaucoup de ces répliques appelée des Padouans était réalisées sur demande de riches collectionneurs du 16e siècle qui ne pouvaient se procurer les originales. Pas parce qu'elles étaient chères mais tout simplement parce qu'on ne les trouvaient plus ! Il y a environ 20 ans je me suis amuser à collectionner environ 60 Padouans différents et ils étaient plus difficiles à trouver que les vrais. Amicalement :beer: Yves
  • pier2

    16337 messages

    France

    Bonsoir Pierre et merci pour ce très bel article ! Beaucoup de ces répliques appelée des Padouans était réalisées sur demande de riches collectionneurs du 16e siècle qui ne pouvaient se procurer les originales. Pas parce qu'elles étaient chères mais tout simplement parce qu'on ne les trouvaient plus ! Il y a environ 20 ans je me suis amuser à collectionner environ 60 Padouans différents et ils étaient plus difficiles à trouver que les vrais. Amicalement :beer: Yves
    • Posté le 9 juil. 2026 à 13:41
    • #2042609
    Bonjour Yves,
    Merci pour ton appréciation, ce soir dans la partie 2/3, nous découvrirons le faussaire de génie "Giovanni Cavino" originaire de Padoue (Padova en italien), la ville où il a passé une grande partie de sa vie, d’où le surnom "Padouan". ;)
    Bonne journée.
    Pierre
  • ranas

    116 messages

    France

    Bonjour Yves,
    Merci pour ton appréciation, ce soir dans la partie 2/3, nous découvrirons le faussaire de génie "Giovanni Cavino" originaire de Padoue (Padova en italien), la ville où il a passé une grande partie de sa vie, d’où le surnom "Padouan". ;)
    Bonne journée.
    Pierre
    • Posté le 10 juil. 2026 à 01:41
    • #2042660
    Bonjour, toujours très agréable à vous lire, merci pour vos études.
  • pier2

    16337 messages

    France

    Bonjour, toujours très agréable à vous lire, merci pour vos études.
    • Posté le 10 juil. 2026 à 06:16
    • #2042711
    Bonjour et merci pour vos encouragements ranas,
    Les deux deux dernières parties de cette étude particulière devraient également vous intéresser. :yes:
    A ce soir pour lire la suite.
    Pierre
  • pier2

    16337 messages

    France

    Giovanni Cavino, dit "le Padovanino" : Le graveur qui a trompé l’Histoire (Partie 2/3) :question:

    Rappel : Une pièce mystérieuse
    Hier, nous avons découvert le sesterce de Galba, une pièce romaine rare, frappée pendant le court règne de l’empereur en 68–69 ap. J.-C. Mais cette pièce cache un secret : elle pourrait bien être l’œuvre d’un artiste de la Renaissance, Giovanni Cavino, surnommé "le Padovanino". Aujourd’hui, explorons la vie et l’art de ce graveur exceptionnel.

    Giovanni Cavino (1500–1570) peut être considéré comme un artiste de la Renaissance. :yes:
    Il est l’un des plus célèbres graveurs et médaillistes de la Renaissance italienne. Originaire de Padoue (Padova en italien), il y a passé une grande partie de sa vie, d’où son surnom :
    • "Padovano" = de Padoue.
    • "-ino" = suffixe diminutif ou affectif (comme "petit" ou "cher" en français).
    • "Padovanino" = "Le petit Padouan" ou simplement "le Padouan", un surnom qui souligne à la fois son origine et son talent.
    Cavino a travaillé principalement pour des collectionneurs passionnés d’Antiquité, comme Fulvio Orsini ou Andrea Loredan, qui cherchaient à reconstituer les trésors monétaires de Rome et de Grèce.

    Un faussaire de génie. :applause:
    Cavino n’était pas un simple copiste : c’était un virtuose qui maîtrisait à la perfection les techniques de gravure et de frappe des monnaies antiques. Ses répliques étaient si fidèles qu’elles ont trompé des générations de numismates.
    Galba était un sujet de prédilection pour Cavino pour plusieurs raisons :
    1. La rareté des originaux : Peu de sesterces de Galba ont survécu, ce qui en faisait une cible idéale pour les collectionneurs.
    2. L’intérêt historique : L’année 68–69, avec ses quatre empereurs, fascinait les humanistes de la Renaissance. Ils y voyaient un miroir de leur propre époque, marquée par des guerres et des changements de pouvoir en Italie.
    3. La demande des mécènes : Les collectionneurs comme Orsini voulaient posséder des pièces de tous les empereurs romains, même les plus éphémères.
    Aujourd’hui, les répliques de Cavino sont recherchées pour leur valeur artistique et historique. Elles sont considérées comme des œuvres d’art à part entière, et non plus comme de simples contrefaçons. Un sesterce de Galba par Cavino peut se vendre entre 1 500 et 3 000 €, selon son état et sa rareté.


    À suivre demain...
    Dans la troisième et dernière partie, nous verrons comment authentifier une pièce de Cavino et pourquoi ces répliques restent si fascinantes pour les numismates et les amateurs d’histoire. Ne la manquez pas !

    « L’art de la Renaissance a sauvé l’Antiquité de l’oubli. »
    Bonne lecture. Pierre :hello: