Pièces en fer du Luxembourg, ou monnaie de la misère

  • pier2

    16482 messages

    France

    Bonjour,

    Imaginez : votre pays est occupé, les étals des marchés sont vides, et un matin, on vous tend des pièces en fer pour payer votre pain. C’est ce qu’ont vécu les Luxembourgeois entre 1918 et 1922. Ces pièces, frappées en Allemagne mais porteuses du lion luxembourgeois, n’étaient pas qu’un simple moyen de paiement : elles symbolisaient la pauvreté, l’occupation et la résilience d’un petit pays en guerre. Retour sur un épisode méconnu où « la monnaie raconte l’Histoire avec un grand H ».

    Le Luxembourg sous le joug de la guerre (1914–1918) :
    Dès août 1914, l’Allemagne envahit le Luxembourg, malgré sa neutralité. Pendant quatre ans, le pays subit pénuries, inflation et marché noir. Les denrées alimentaires manquent, les prix flambent, et les salaires ne suivent pas. Dans les villes industrielles comme Esch-sur-Alzette, le mécontentement grandit : les ouvriers se syndicalisent, les familles serrent la ceinture. « De nombreux Luxembourgeois frôlent le seuil de la famine », écrivent les historiens
    Dans ce contexte, les pièces en nickel et cuivre disparaissent : soit elles sont thésaurisées par peur de l’avenir, soit elles sont fondues pour l’effort de guerre. Le gouvernement, dirigé par la Grande-Duchesse Marie-Adélaïde, doit agir vite. Le 15 juin 1917, un arrêté autorise la frappe de pièces en fer, un matériau bon marché, mais peu noble.
    Entre 1918 et 1922, trois pièces voient le jour : 5, 10 et 25 centimes. Leur particularité ? Elles sont frappées à Stuttgart, en Allemagne, sur des flans en fer provenant des usines de Trèves, deux villes allemandes. Pourtant, elles portent fièrement la légende "GRAND DUCHÉ DE LUXEMBOURG" et l’écu au lion, symbole de l’identité nationale.
    Pour les Luxembourgeois, ces pièces sont un mal nécessaire :
    - Peu pratiques : Le fer rouille, s’use vite, et les pièces de 25 centimes (4,2 g) sont lourdes à porter.
    - Mal perçues : Leur matériau terne et leur origine allemande en font un rappel quotidien de l’occupation.
    Pire encore : ces pièces arrivent dans un climat de crise sociale. En 1916, les premiers syndicats se forment dans la sidérurgie. En 1919, Marie-Adélaïde, jugée trop proche des Allemands, est contrainte à l’abdication. Son successeur, Charlotte, hérite d’un pays exsangue… et de ces pièces en fer, déjà mal aimées. C’est un triste héritage de guerre.

    Les pièces en fer luxembourgeoises n’ont pas marqué l’histoire par leur beauté ou leur rareté, mais par ce qu’elles représentaient : la survie dans l’adversité. Symboles d’une époque où le Luxembourg a dû s’adapter pour ne pas sombrer, elles ont été tolérées par nécessité, mais jamais aimées. Dès 1924, elles seront remplacées par des pièces en cupro-nickel, plus dignes – et surtout, fabriquées au Luxembourg.
    Aujourd’hui ces pièces en fer, recherchées par les collectionneurs, nous rappellent que la monnaie n’est pas qu’un outil économique : c’est aussi un miroir des temps difficiles.

    Bonne lecture.
    Pierre
  • isisfuji

    654 messages

    France

    Bonjour,

    Imaginez : votre pays est occupé, les étals des marchés sont vides, et un matin, on vous tend des pièces en fer pour payer votre pain. C’est ce qu’ont vécu les Luxembourgeois entre 1918 et 1922. Ces pièces, frappées en Allemagne mais porteuses du lion luxembourgeois, n’étaient pas qu’un simple moyen de paiement : elles symbolisaient la pauvreté, l’occupation et la résilience d’un petit pays en guerre. Retour sur un épisode méconnu où « la monnaie raconte l’Histoire avec un grand H ».

    Le Luxembourg sous le joug de la guerre (1914–1918) :
    Dès août 1914, l’Allemagne envahit le Luxembourg, malgré sa neutralité. Pendant quatre ans, le pays subit pénuries, inflation et marché noir. Les denrées alimentaires manquent, les prix flambent, et les salaires ne suivent pas. Dans les villes industrielles comme Esch-sur-Alzette, le mécontentement grandit : les ouvriers se syndicalisent, les familles serrent la ceinture. « De nombreux Luxembourgeois frôlent le seuil de la famine », écrivent les historiens
    Dans ce contexte, les pièces en nickel et cuivre disparaissent : soit elles sont thésaurisées par peur de l’avenir, soit elles sont fondues pour l’effort de guerre. Le gouvernement, dirigé par la Grande-Duchesse Marie-Adélaïde, doit agir vite. Le 15 juin 1917, un arrêté autorise la frappe de pièces en fer, un matériau bon marché, mais peu noble.
    Entre 1918 et 1922, trois pièces voient le jour : 5, 10 et 25 centimes. Leur particularité ? Elles sont frappées à Stuttgart, en Allemagne, sur des flans en fer provenant des usines de Trèves, deux villes allemandes. Pourtant, elles portent fièrement la légende "GRAND DUCHÉ DE LUXEMBOURG" et l’écu au lion, symbole de l’identité nationale.
    Pour les Luxembourgeois, ces pièces sont un mal nécessaire :
    - Peu pratiques : Le fer rouille, s’use vite, et les pièces de 25 centimes (4,2 g) sont lourdes à porter.
    - Mal perçues : Leur matériau terne et leur origine allemande en font un rappel quotidien de l’occupation.
    Pire encore : ces pièces arrivent dans un climat de crise sociale. En 1916, les premiers syndicats se forment dans la sidérurgie. En 1919, Marie-Adélaïde, jugée trop proche des Allemands, est contrainte à l’abdication. Son successeur, Charlotte, hérite d’un pays exsangue… et de ces pièces en fer, déjà mal aimées. C’est un triste héritage de guerre.

    Les pièces en fer luxembourgeoises n’ont pas marqué l’histoire par leur beauté ou leur rareté, mais par ce qu’elles représentaient : la survie dans l’adversité. Symboles d’une époque où le Luxembourg a dû s’adapter pour ne pas sombrer, elles ont été tolérées par nécessité, mais jamais aimées. Dès 1924, elles seront remplacées par des pièces en cupro-nickel, plus dignes – et surtout, fabriquées au Luxembourg.
    Aujourd’hui ces pièces en fer, recherchées par les collectionneurs, nous rappellent que la monnaie n’est pas qu’un outil économique : c’est aussi un miroir des temps difficiles.

    Bonne lecture.
    Pierre
    • Posté le 17 juil. 2026 à 00:22
    • #2045042
    Bonjour,
    en France, nous avons subi le même sort au cours de la seconde guerre mondiale.
    L'Etat Français à réalisé en 1941 un essai en "fer" de la pièce de 10 centimes.
    En 1944, hélas...une pièce de 20 centimes a bien été frappée en "fer" et mise en service avec un tirage de 695000 exemplaires.
    Bonne journée.
    Bien à vous.
    Isisfuji.
  • pier2

    16482 messages

    France

    Bonjour,
    en France, nous avons subi le même sort au cours de la seconde guerre mondiale.
    L'Etat Français à réalisé en 1941 un essai en "fer" de la pièce de 10 centimes.
    En 1944, hélas...une pièce de 20 centimes a bien été frappée en "fer" et mise en service avec un tirage de 695000 exemplaires.
    Bonne journée.
    Bien à vous.
    Isisfuji.
    • Posté le 17 juil. 2026 à 05:19
    • #2045132
    Bonjour Isisfuji,
    Votre remarque est juste, la France aussi. :yes:
    La pièce de « 20 centimes FER de 1944 » est d’ailleurs une de mes premières réussites d’achat en vente publique, c’était en 1977 et pour moi c’est comme le souvenir d’une conquête de jeunesse. La pièce était suffisamment rare pour attiser le feu des enchères ce jour-là, et j’en suis sorti victorieux. 50 ans plus tard est elle est toujours avec moi et j’en suis fier.
    Pour en avoir parler et montrer aux anciens susceptibles de l’avoir connu en circulation à l’époque, personne ne se souvient d’une pièce en fer dans son porte-monnaie. Elle était totalement similaire à la pièce en zinc, qu’elle est passée inaperçue à priori.
    Mais aujourd’hui c'est différent, les collectionneurs sont à l’affut, et la fameuse pièce française en fer devenue rare est vite détectée. Mais il en reste très peu et il n’y en a pas pour tout le monde. :dunno:

    Bonne journée et bonne collection.
    Pierre
    PS : J’ai pris le soin de protéger ma pièce contre la corrosion depuis 50 ans.
  • ranas

    154 messages

    France

    Bonjour Pierre, encore un superbe sujet numismatique, merci de nous en faire profiter. Bonne journée.
  • pier2

    16482 messages

    France

    Bonjour Pierre, encore un superbe sujet numismatique, merci de nous en faire profiter. Bonne journée.
    • Posté le 17 juil. 2026 à 06:53
    • #2045156
    Bonjour Monique,
    La numismatique est tellement vaste que les sujets d’étude ne manquent pas. Si l’on ne retient que le métal dont nous parlions ce matin : « Le fer » :znaika:
    Le fer a été découvert vers 1500 avant notre ère, les principales mines se trouvaient en Asie centrale et en Europe de l'Est. Il était principalement utilisé pour les outils et les armes mais, nous allons le découvrir, aussi pour fabriquer les pièces de monnaie :

    Nous avons abordé en premier la période de la première guerre mondiale avec le Luxembourg puis la France. Mais d’autres pays européens à la même époque ont eu recourt au fer pour frapper leurs pièces de monnaies :
    - L’Allemagne en 1915 et aussi en 1917 avec ses monnaies militaires
    - L’Autriche en 1916
    - Le Danemark en 1918
    - La Hongrie en 1916
    - La Norvège en 1918
    - La Pologne en 1917
    - Le Portugal en 1918
    - La Suède en 1917

    Entre deux guerres, c’est cette fois l’Espagne qui frappe la 5 centimos de la 2e République sur un flan de fer.

    Un peu plus tard durant la deuxième guerre mondiale, les monnaies de fer refont surface :
    - En Bulgarie en 1941
    - En Finlande en 1943
    - En France en 1944
    - En Hongrie de nouveau en 1942
    - En Roumanie en 1943
    - En Norvège de nouveau en 1941
    - En Suède de nouveau en 1942
    -
    Encore un peu plus tard c’est l’Allemagne qui réutilise le fer en 1950, mais cette fois recouvert d’une couche de cuivre.

    Bien plus récemment on retrouve du fer parmi les monnaies de :
    - Belgique en 1994 (fer plaqué nickel)
    - Bangladesh en 2012 (fer recouvert d’acier inox)
    - Le Malawi en 2012 (fer paqué inox)

    Si l’on quitte l’Europe pour rejoindre l’Asie, on retrouve les monnaies de fer pour :
    - La Chine Antique de -175 av J.C jusqu’à la fin du 13ème siècle
    - La Corée en 996 (premier millénaire)
    - Le Japon du 18ème au 19ème siècle
    - Le Népal entre 576 et 605 (premier millénaire)

    Plutôt difficile d’illustrer sur cette page toutes ces pièces de fer, et même si elles constituent « le parent pauvre de la collection » elles ont le mérite d’exister et racontent elles aussi une histoire digne d'intérêt.

    Pierre :hello:
  • ranas

    154 messages

    France

    Bonjour Monique,
    La numismatique est tellement vaste que les sujets d’étude ne manquent pas. Si l’on ne retient que le métal dont nous parlions ce matin : « Le fer » :znaika:
    Le fer a été découvert vers 1500 avant notre ère, les principales mines se trouvaient en Asie centrale et en Europe de l'Est. Il était principalement utilisé pour les outils et les armes mais, nous allons le découvrir, aussi pour fabriquer les pièces de monnaie :

    Nous avons abordé en premier la période de la première guerre mondiale avec le Luxembourg puis la France. Mais d’autres pays européens à la même époque ont eu recourt au fer pour frapper leurs pièces de monnaies :
    - L’Allemagne en 1915 et aussi en 1917 avec ses monnaies militaires
    - L’Autriche en 1916
    - Le Danemark en 1918
    - La Hongrie en 1916
    - La Norvège en 1918
    - La Pologne en 1917
    - Le Portugal en 1918
    - La Suède en 1917

    Entre deux guerres, c’est cette fois l’Espagne qui frappe la 5 centimos de la 2e République sur un flan de fer.

    Un peu plus tard durant la deuxième guerre mondiale, les monnaies de fer refont surface :
    - En Bulgarie en 1941
    - En Finlande en 1943
    - En France en 1944
    - En Hongrie de nouveau en 1942
    - En Roumanie en 1943
    - En Norvège de nouveau en 1941
    - En Suède de nouveau en 1942
    -
    Encore un peu plus tard c’est l’Allemagne qui réutilise le fer en 1950, mais cette fois recouvert d’une couche de cuivre.

    Bien plus récemment on retrouve du fer parmi les monnaies de :
    - Belgique en 1994 (fer plaqué nickel)
    - Bangladesh en 2012 (fer recouvert d’acier inox)
    - Le Malawi en 2012 (fer paqué inox)

    Si l’on quitte l’Europe pour rejoindre l’Asie, on retrouve les monnaies de fer pour :
    - La Chine Antique de -175 av J.C jusqu’à la fin du 13ème siècle
    - La Corée en 996 (premier millénaire)
    - Le Japon du 18ème au 19ème siècle
    - Le Népal entre 576 et 605 (premier millénaire)

    Plutôt difficile d’illustrer sur cette page toutes ces pièces de fer, et même si elles constituent « le parent pauvre de la collection » elles ont le mérite d’exister et racontent elles aussi une histoire digne d'intérêt.

    Pierre :hello:
    • Posté le 17 juil. 2026 à 08:15
    • #2045165
    Je me rends compte Pierre que les sujets d'exploration en numismatique ne manquent vraiment pas, merci pour toutes ces informations très intéressantes.
    Bonne fin de journée.
  • aaefr

    320 messages

    Belgique

    Bonjour,
    actuellement nos pièces de 1,2 et 5 cents d'euro sont en acier recouvert/plaqué de cuivre. Et qui dit acier dit ... fer!