1714–1715, l’or et l’argent de la République de Genève

  • pier2

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    Francia

    Bonjour à tous les collectionneurs,

    J’ai aperçu ce matin dans les listes des mises en vente sur notre site, une très belle pièce de monnaie de la République de Genève datée de 1715. Ne connaissant pas vraiment cette histoire, j’ai saisi l’occasion d’entreprendre quelques recherches.

    Au début du XVIIIe siècle, la République de Genève (1534–1798) incarne un modèle unique : une cité protestante, indépendante et démocratique en théorie, mais en réalité dirigée par une oligarchie patricienne. Après la Réforme de 1536 et l’adoption de la devise Post Tenebras Lux ("Après les ténèbres, la lumière"), Genève se présente comme un phare de liberté. Pourtant, en 1707, la révolte de Pierre Fatio contre le pouvoir des Conseils restreints se solde par son exécution. 1714 marque un tournant : l’oligarchie, craignant de nouvelles contestations, renforce son contrôle, y compris sur le monnayage. C’est dans ce climat que sont frappées deux pièces de 10½ sols, l’une en argent (monnaie courante), l’autre en or (frappe de prestige).

    La pièce de 10½ sols en argent de 1715 (22 mm, 2,66 g) est la monnaie du peuple, pour les échanges quotidiens : à l’avers, les armoiries de Genève (aigle et clé) dans un cartouche, avec la légende RESPUBLICA GENEVENSIS ; au revers, le monogramme IHS dans un soleil rayonnant, accompagné de la devise POST TENEBRAS LUX et de la valeur 10½. Cette légende latine, "Après les ténèbres, la lumière", symbolise depuis le XVIe siècle la transition de Genève vers la Réforme protestante et son affranchissement de l’influence savoyarde. Le IHS, monogramme du Christ, renforce cette allégorie de la lumière divine.
    Si la pièce en argent était destinée à la circulation, celle en or (même diamètre, ~3,58 g) incarne le prestige de l’oligarchie. L’or était en effet trop précieux pour une valeur faciale de 10½ sols : cette frappe de prestige, commandée par les Conseils restreints, pouvait célébrer un événement (comme la rénovation des fortifications en 1714), offrir un cadeau diplomatique, ou affirmer le pouvoir des familles patriciennes. Ces frappes en or de pièces divisionnaires sont extrêmement rares à Genève au XVIIIe siècle."

    Ces deux 10½ sols de 1714–1715 résument à eux seuls le paradoxe genevois : une République éclairée par ses idéaux (Post Tenebras Lux), mais ombrée par les jeux de pouvoir de son oligarchie. L’argent, monnaie du quotidien, et l’or, symbole de prestige, illustrent cette dualité entre la Genève idéalisée et la Genève réelle, où une poignée de familles contrôlait jusqu’au monnayage.
    Une paire de pièces qui, au-delà de leur valeur numismatique, nous racontent l’Histoire.

    Pour que nos collections soient vivantes :veryhappy:
    Pierre
  • pier2

    16582 mensajes

    Francia

    Pour les passionnés d'histoire,
    Un article très intéressant sur les troubles politiques à Genève au XVIIIe siècle : Vinculo (https)

    Bonne fin de journée et bonne lecture.
    Pierre :hello: